Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 19/07/2018 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

VALADE Jean


Ecole française

Portrait de M. Théodore Lacroix (1707-1777).
Il est vu de face, le corps légèrement tourné vers la droite, la main droite avancée et entrouverte. Il porte une perruque frisée à marteau terminée par un catogan et un costume de velours bleu à broderies d'argent garni d'un jabot de dentelle et de larges manchettes de dentelle. Il est assis dans un fauteuil rouge.

1774

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
RF 29669, Recto

LOCALISATION :
Sully II
Epi 9

ATTRIBUTION ACTUELLE :
VALADE Jean

TECHNIQUES :
Pastel sur papier bleu sur fond gris. avec un petit raboutage de papier à joint couvrant au bord supérieur, marouflé sur une toile préparée avec une matière à base d'huile puis tendue sur son châssis d'origine. Ajout d'une toile de nature différente cousue au bord supérieur au niveau du raboutage de papier. Mesures du cadre : H: 00,875, L : 00,77 et profondeur : 00,105. Signé en haut, à gauche : J. F. (en monogramme) Valade f. 1775'. Porte un numéro Peintures au verso 'RF 1947.5'. La restauration de cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien des American Friends of the Louvre en 2011.
H. 00,661m ; L. 00,552m

HISTORIQUE :
Par descendance du fils du modèle, dans la collection Roger Braun ; don sous réserve d'usufruit en faveur de son épouse Mme Marguerite Braun Falconet, puis de sa fille Edmée Zuber-Braun décédée en 1987. Entré au Louvre en 1947 sous le numéro d'inventaire R.F. 1947-5 (3 DD 17 Inventaire Peintures), avec le RF 29668. Comité du 31 janvier 1947. Conseil du 6 février 1947.
Dernière provenance : Braun, Roger Théodore Edouard
Mode d'acquisition : don
Année d'acquisition : 1947


COMMENTAIRE :
Théodore Lacroix né en 1707 à Saint-Hippolyte-du-Fort, en Languedoc, et mort à Paris le 17 mai 1777, fut directeur de la correspondance des Domaines des Fermes générales à Paris. Grand-père de Paul Lacroix (1807-1884), conservateur de la Bibliothèque de l'Arsenal, connu sous le pseudonyme de 'Bibliophile Jacob'. R. Braun était le descendant du frère de Paul, l'auteur dramatique Jules Lacroix (Emile Dacier et Paul Ratouis de Limay, Pastels français des XVIIe et du XVIIIe, Société des amis du musée Quentin de La Tour, exposition organisée à Paris en 1927, n° 111) R. Crozet, Notes sur le pastelliste Jean Valade, Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français, (1943), 1947, p. 35-46, n° 50. Paul Ratouis de Limay, Le Pastel en France au XVIIIe siècle, Paris, 1946, n° 52-53, pl. 36. Marie-Hélène Trope, Jean Valade, Peintre ordinaire du roi, 1710-1787. Musée de la ville de Poitiers et de la Société des Antiquaires de l'ouest, Musée Sainte-Croix, 22 juin - 31 août 1993, n° 57. Neil Jeffares, Dictionary of pastellists before 1800, Online edition, Jean Valade. Pendant du RF 29668. A propos du lien entre la famille Lacroix et Etienne Moreau-Nélaton voir la lettre autographe signée et datée du 17 mars 1896, sans lieu, à Louis de Launay, 2 pages in 8°, rapportée au recto du folio 1 de l'Album Moreau-Nélaton Etienne -3-, A 3965.2. Les travaux de Marie-Hélène Trope et l'exposition monographique qu'elle a dédiée à son œuvre en 1993 au musée Sainte-Croix à Poitiers ont grandement aidé à réévaluer l'art du portraitiste Jean Valade. Dès 1946, Paul Ratouis de Limay considérait (p. 81-86) qu'une place de choix devait être assignée à l'artiste parmi les pastellistes dont les œuvres avaient dû affronter la redoutable comparaison avec celles de La Tour et de Perronneau, et qui étaient restés, par le fait même, des artistes de second plan. Se consacrant presque exclusivement au pastel, Valade fut pourtant, avec ses deux concurrents, l'un des académiciens qui, entre 1751 et 1769, exposèrent aux Salons du Louvre le plus de portraits peints avec cette technique. La critique aima ou détesta les effigies présentées tout au long des années. Au Salon de 1763, le portrait de Loriot suscitait l'admiration. Dans le Mercure de France (X, 1763, p. 203-204), l'abbé de La Porte ou l'abbé Philippe Bridard de La Garde louaient les différents pastels de l'artiste, y reconnaissant beaucoup de ressemblance, et attiraient tout particulièrement l'attention sur celui qui décrivait l'ingénieur mécanicien Antoine Joseph Loriot. L'oeuvre méritait l'attention des amateurs de pastels, « en ce qu'une moitié seulement de ce Tableau est fixée par le secret qu'a découvert M. Loriot et que l'on n'aperçoit aucune différence ni altération entre la partie fixée et celle qui ne l'est pas ». En 1765, Charles Joseph Mathon de La Cour considérait que ses portraits de femmes étaient très intéressants (Lettres à Monsieur ***sur les peintures, les sculptures et les gravures exposées au Salon du Louvre). Le Mercure (XI, 1765, p. 161) appréciait la vérité dans la ressemblance, la bonne couleur et le dessin. En 1769, l'avocat Beaucousin notait parmi les quelques portraits en pastel « fort attachans » celui du duc de Noailles et précisait à son sujet : « J'ai vû ce Seigneur se promenant dans le Salon, et j'étois frappé de ce que son Portrait était vrai comme sa phisionomie, et sa phisionomie bonne comme son âme » (Lettre sur le Salon de peinture de 1769 par M. B.). Diderot, quant à lui, se voulait beaucoup moins laudateur. Au Salon de 1765, il considérait que Roslin était un Guide, un Titien, un Paul Véronèse, un Vandick, en comparaison de Valade. Deux ans plus tard, il associait au nom du maître le mot « rien ». En 1769, plus acerbe encore, il écrivait : « mais puisqu'il me reste du temps et de l'espace, il faut que je me débarrasse, et vous aussi, d'une demi-douzaine de pauvres diables qui ne valent pas ensemble une ligne d'écriture », et sans pitié aucune, il accordait à l'artiste ces quelques mots : « Valade [...] n'est pas un peintre pauvre, mais un bien pauvre peintre, parce qu'on ne saurait faire deux métiers à la fois » (Seznec et Adhémar, 1957-1967, IV,p. 84-87). Plus que cet ultime jugement, ce fut l'oubli qui longtemps prévalut. Si, pour Ratouis de Limay, Valade n'avait ni la virtuosité de dessin d'un La Tour ni la maîtrise de coloris d'un Perronneau, il suivait ces deux maîtres à distance respectueuse mais cependant avec des qualités que l'on aurait eu tort de mésestimer. Si sa couleur était parfois un peu sèche, un peu terne, son dessin était généralement correct, son modelé habile, l'arrangement de ses portraits heureux,sans monotonie. Le pastelliste était assurément capable d'œuvres gracieuses et harmonieuses. Les portraits de Théodore Lacroix, de son épouse Anne-Marie et de leur fille Suzanne Félicité en offrent un bel exemple. Ils sont les seuls pastels peints par Jean Valade conservés au Louvre, le portrait de dame à l'oeillet inscrit sur l'inventaire sous le numéro RF 30577 ayant été préempté par les musées nationaux en 1955 en faveur du musée des Beaux-Arts de Poitiers. Né en 1707 à Saint-Hippolyte-du-Fort, dans l'arrière-pays de Nîmes, et mort à Paris le 17 mai 1777, Théodore Lacroix avait été directeur des « sousfermes » de Provence, du Dauphiné et du Lyonnais de 1750 à 1756, puis directeur des domaines des généralités de Toulouse, Montpellier, Montauban et Perpignan de 1758 à 1760 et directeur de la correspondance des domaines des mêmes régions de 1761 à 1777 (nous remercions M. Marc Olivier Bosshardt, son descendant, de nous avoir transmis ces éléments ainsi que la généalogie familiale). En juin 1757, il épousait Anne-Marie Allotte de Chancelé, née à Loudun en 1736, et par conséquent de près de trente ans sa cadette. Le couple eut trois enfants, François Théodore et sa jumelle Suzanne Félicité, nés en 1760, et Jean-Louis dit Lacroix de Niré, né en 1766. Lorsqu'il commanda en 1774 à Valade son portrait et celui de son épouse, ce fut avant tout pour souligner sa réussite sociale. L'artiste les représenta à la dernière mode, très élégamment vêtus, avec force broderies et des engageantes de dentelles au point d'Alençon toujours soigneusement décrites, témoignant de leur aisance financière. Anne-Marie paraissait aussi avec un porte-crayon et un carton à dessins. Elle révélait ainsi son tempérament artistique et créatif, qui la conduisit d'ailleurs à écrire un roman en trois tomes, Constantine,ou le danger des préventions maternelles, publié anonymement en 1802 à Paris chez l'imprimeur-libraire Dentu, au palais du Tribunal. À ses côtés apparaît également sa fille Suzanne Félicité. L'enfant occupe dans la composition du portrait une place un peu surprenante, avec de curieuses proportions en comparaison de celles de sa mère. En fait, peut-être fut-elle ajoutée après l'achèvement du pastel, où seule Mme Lacroix avait été portraiturée en premier lieu. On peut imaginer que ce fut seulement alors que Valade signa et data le pastel de 1775, soit un an après celui figurant Théodore Lacroix.(voir Bibliographie : Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, éditions Hazan, Paris, 2018, 136.p.273 à 276).

INDEX :
Collections : Braun, Roger Théodore Edouard
Lieux : Paris, Musée du Louvre, oeuvre en rapport, Paris, Bibliothèque de l'Arsenal+
Personnes : Lacroix, Théodore - Lacroix, Paul+ - Lacroix, Jules+ - Bibliophile Jacob+
Sujets : portrait
Techniques : pastel - fond gris-bleu

REFERENCE DE L'INVENTAIRE MANUSCRIT :
vol. 26, p. 80