Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 20/07/2018 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

FILLEUL, Anne-Rosalie


Ecole française

Portrait de la comtesse d'Artois ou comtesse de Provence
Marie-Joséphine Louise de Savoie,comtesse de Provence (1753-1810).

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
INV 34900, Recto

Anciens numéros d'inventaire :
NIII30930

LOCALISATION :
dépôt Châteauroux, Musée Bertrand

ATTRIBUTION ACTUELLE :
FILLEUL, Anne-Rosalie
Xavier Salmon

ANCIENNES ATTRIBUTIONS :
ANONYME FRANCAIS XVIIIè s

TECHNIQUES :
Pastel sur papier bleu marouflé sur une toile tendue sur châssis.
Forme : ovale
H. 00,605m ; L. 00,490m

HISTORIQUE :
Le pastel se trouvait très certainement au château de Versailles sous l'Ancien Régime. Dans l'État des pastels, peintures sur verre, gouaches, peintures sur porcelaine, miniatures, aquarelles et dessins montés sous verre, placés dans les palais de Versailles et de Trianon et dans les dépôts, dressé le 10 juin 1823 (A.N.,cote 20150040/14, anciennement V3), François Lauzan, conservateur des tableaux des palais de Versailles et de Trianon, inventoriait sous le numéro 7, comme d'auteur inconnu, « Le portrait de feu S. M. la Reine, épouse de Louis XVIII », pastel ovale de 1 pied 14 pouces 59 lignes de haut sur 1 pied 6 pouces 48 lignes de large, et sous le numéro 16, également comme d'auteur inconnu, « le Portrait de feu S.A.R. Madame,femme de Louis XVIII », de 2 pieds 6 lignes de haut sur 1 pied 7 pouces 50 lignes de large. Le premier portrait se trouvait alors au Grand Trianon, le second chez M. de Boucheman, probablement de la famille du valet de chambre de Louis XVI. Il fut remis dans les dépôts le 28 février 1826. Malgré leurs dimensions supérieures, peut-être faut-il y reconnaître le pastel de Joseph Boze figurant la princesse (Inv. 25041, voir cat. 35) et celui ici rendu à Anne Rosalie Filleul. Avant 1827, Morel d'Arleux inventorie l'œuvre sous le numéro 12995c sans préciser ni le nom du modèle,ni le nom de l'artiste. L'œuvre est mise en dépôt le 4 août 1923 au musée Bertrand à Châteauroux (inv. D. 343). Elle y est toujours conservée.
Année d'acquisition : 1827


COMMENTAIRE :
Nous souscrivons à la proposition faite par Gérard Fabre en 2004 à l'occasion de la rétrospective dédiée à Joseph Boze d'attribuer le pastel à Anne Rosalie Filleul, née Bocquet, et d'y reconnaître la comtesse de Provence. Fille du peintre éventailliste Blaise Bocquet, mort en 1784, Anne Rosalie avait été formée à la peinture à l'huile et au pastel dans l'atelier de Gabriel Briard, en même temps que son amie Élisabeth Louise Vigée. Elle avait été reçue à l'Académie de Saint-Luc « par mérite » et avait fait don, pour sa réception, du portrait peint à l'huile de Charles Eisen. L'œuvre avait été exposée au Salon de cette académie (no 176), en même temps que le portrait de sa mère peint au pastel (no 177), qu'une nature morte de prunes dans un panier également au pastel (no 178) et que plusieurs autres portraits et études non détaillés (no 179). La critique avait, à cette occasion, loué sa capacité à fixer les ressemblances, et ce même si son dessin et sa couleur avaient été jugés un peu durs. Dès 1776,Mlle Bocquet était sollicitée par l'administration royale afin de livrer une copie ovale à l'huile du portrait de Louis XVI d'après Duplessis. Payée 240 livres, l'œuvre devait être offerte à Mgr de Beaumont, archevêque de Paris (A.N., O1 3049). En 1777, Anne Rosalie épousait Louis Filleul, le concierge du château de La Muette. Même si, selon Mme Vigée Le Brun, ce mariage avait quelque peu mis un terme à sa carrière artistique, la jeune Mme Filleul avait encore fixé, entre 1781 et 1783, les traits des enfants du comte et de la comtesse d'Artois lors de leurs séjours répétés à La Muette (Château de Versailles, MV 3908, MV 3976 et MV 5358 ; Fogg Art Museum à Cambridge, inv. 1943-1357 ; et ancienne collection Victorien Sardou, sa vente, Paris, 27-29 avril 1909. Voir Salmon, 1997, p. 42, 76-78). C'est très certainement dans les mêmes années que la comtesse de Provence posa pour le pastel déposé par le Louvre au musée de Châteauroux. On y reconnaît, un peu flattée, la princesse, les yeux d'un marron clair, le nez un peu fort, l'expression aimable. Suivant une pratique qui lui est caractéristique, Mme Filleul dote son modèle de grands yeux en amande où la paupière supérieure laisse les sourcils marquer le coin extérieur. L'air affable ne parvient pas à masquer l'absence de psychologie. Le nœud de linon rayé autour du cou comme la modestie de dentelles ourlant la robe accrochent la lumière comme sur plusieurs autres de ses portraits, en particulier ceux de la famille Sorin de Bonne (Salmon, 2004c, p. 38-41). Le 19 juillet 1787, le couple Filleul recevait du roi, en remerciement pour ses services, une pension de retraite de 6 000 livres et le brevet de propriété de l'hôtel de Travers, où il résidait à Passy. Au décès de son époux en 1788, Anne Rosalie lui succédait comme concierge. Le 6 thermidor an II (13 juillet 1794), elle était guillotinée, dénoncée comme servante de cour et voleuse du Garde-Meuble (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, p. 329 et cat. 59, p.126 à 127).

INDEX :
Personnes : Provence, comtesse de - Artois, comtesse d'
Techniques : pastel

REFERENCE DE L'INVENTAIRE MANUSCRIT :
vol. 14, p. 278