Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 19/07/2018 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

CHARDIN Jean Siméon


Ecole française

Autoportrait aux besicles.

1771

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
INV 25206, Recto

Anciens numéros d'inventaire :
NIII33415

LOCALISATION :
Sully II
Epi 10

ATTRIBUTION ACTUELLE :
CHARDIN Jean Siméon

TECHNIQUES :
Pastel sur papier gris-bleu collé en plein sur châssis entoilé. Signé et daté, en bas à droite : 'Chardin/1771'. Les mesures du cadre sont : H : 00,595 ; L : 00,47 et profondeur : 00,095. Annoté au verso 'INV. 25206 / ancien n° de vente 57'. Etiquette d'exposition 'Chardin' au Grand Palais de Paris. La restauration de cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien de Philippe Forestier avec la collaboration des American Friends of the Louvre en 2012.
H. 00,464m ; L. 00,377m


COMMENTAIRE :
Cet autoportrait est en relation avec INV. 25207, INV.25208 et INV.31478. Anne de Thoisy-Dallem, La vieille robe de chambre de Diderot et les vêtements d'intérieur masculins au Siècle des lumières, La Revue des Musées de France, Revue du Louvre, 2016, n° 1, p. 66-75, note 31. Reproduit dans Anna Grochala (dir.), Mistrzowie pastelu, od Marteau do Witkacego, kolekcja Muzeum Narodowego w Warszawie, Musée National de Varsovie , le 29 Octobre 2015 - 31 Janvier 2016, Warszawa : Muzeum Narodowe w Warszawie, 2015, ill.7 p.30. Pierre Rosenberg a donné en 1979 (p. 363-364) la liste des mentions anciennes (ventes et inventaires après décès) citant des autoportraits au pastel de Chardin, tout en précisant qu'il était parfois difficile de déterminer si elles désignaient l'Autoportrait aux bésicles ou bien celui à l'abat-jour. Sont ainsi documentés :- le portrait avec des lunettes, répétition prisée 72 livres dans l'inventaire après décès de Chardin du 18 décembre 1779 (A.N., M.C., LXI / 246) ;- les « trois tableaux peints en pastel dont deux représentent les Sr et Dme Chardin et le troisième Mlle Daché, sœur de la Dme Chardin, tous trois sous verre et dans leurs bordures en bois doré » cités dans l'inventaire après décès de Mme Chardin le 6 juin 1791 (A.N., M.C., XCIX / 730) ;- le « portrait en pastel de M. Chardin peint par lui-même dans sa bordure, prisé 48 livres » dans l'inventaire après décès du sculpteur Jean-Baptiste Pigalle établi le 29 août 1785 ;- signé et daté de 1773, l'exemplaire de la collection du marquis Pierre Louis Éveillard de Livois (1736-1790) à Angers (catalogue de sa collection, 1791, no 300) appartint ensuite à Mlle de La Marsaulaye, qui fut peut-être une élève de Chardin et donna l'œuvre au vicomte de Rochebouët. L'œuvre passa ensuite à l'encan à la galerie Georges Petit à Paris le 22 mai 1919 (lot 99, repr.). Le pastel a été acquis en 1991 par le musée des Beaux-Arts d'Orléans (fig. 12. Inv. 91-5-1. 0,45 × 0,38 m) ; - le pastel de la vente Laperlier, à Paris, 11-13 avril 1867, lot 59 : « Portrait de Chardin. Des lunettes sur le nez, un mouchoir au cou et sur la tête une sorte de bonnet serré par un ruban bleu. Ce portrait, qui est la répétition de celui du Louvre, avait été fait par Chardin pour son neveu. H. 45 ;L. 38 ». L'œuvre avait semble-t-il été acquise par le collectionneur par l'intermédiaire de Bonvin, à la vente d'un parent architecte de Chardin, avec trois œuvres du maître ; - l'exemplaire cité par Eudoxe Marcille dans une lettre datée du 10 juin 1890 probablement envoyée à Kaempfen, directeur du Louvre : « Un jeune homme est venu chez moi de la part de Messieurs Lafenestre et Chennevières. Le jeune homme demande 20 000 francs d'un portrait au pastel de Chardin par Chardin » ; - des versions de l'Autoportrait aux bésicles sont également cédées lors des ventes du 30 mars 1857 (lot 114), du 9 avril 1869 (lot 17), des 1er et 2 décembre 1875, du 16 décembre 1880 (lot 81), des 29-31 mai 1910 à Joigny (lot 5) et du 16 décembre 2009 à Paris chez Christie's (lot 387. Copie,repr.) ; - une copie du portrait de Chardin peinte à l'huile par Graincourt (1748-1823) est signalée par les Nouvelles de la République des Lettres et des Arts le 20 juillet 1779. Enfin, signalons que le pastel a été gravé avant 1780 par Juste Chevillet (1729-1802), par Charles Courtry afin d'illustrer l'ouvrage d'Emmanuel Bocher paru en 1876, par Géry Bichard pour le livre de Charles Normand publié en 1901, et sur un dessin de Dété pour le numéro spécial de L'Art et les Artistes dédié en 1907 par Armand Dayot à Chardin et Fragonard. Les trois autoportraits de Chardin et le portrait de la seconde épouse de l'artiste, Françoise Marguerite Pouget, comptent parmi les pastels les plus célèbres de la collection du musée du Louvre. Pierre Rosenberg en a magistralement souligné l'importance lors des deux expositions rétrospectives dédiées au maître en 1979 et 1999. Très affecté à la fin de sa vie dans sa vision après que les pigments à base de plomb et les liants utilisés pour ses tableaux peints à l'huile lui eurent peu à peu brûlé les yeux et déclenché une paralysie progressive, le maître n'avait presque plus travaillé qu'au pastel à partir du début des années 1770. Avant son décès le lundi 6 décembre 1779, il exposait au Salon plus d'une dizaine de ses créations, trois têtes d'étude en 1771 (no 39 du livret), une tête d'étude en 1773 (no 37 du livret), trois têtes d'étude en 1775 (no 29 du livret), trois têtes d'étude en 1777 (no 50 du livret) et plusieurs têtes d'étude en 1779 (no 55 du livret). Chaque fois, la critique avait manifesté son admiration, rendant hommage à l'artiste vieillissant dont l'œuvre avait enchanté et à la maîtrise qu'il déployait dans l'utilisation d'une technique qu'il n'avait jusqu'alors jamais utilisée mais avec laquelle il était parvenu à maintenir « toute la magie de son faire et un coloris fier et brillant » (L'Année littéraire, 1773, V, lettre 10, p. 111). De tous les pastels aujourd'hui conservés, l'Autoportrait aux bésicles signé et daté de 1771 est, avec l'étude de tête de vieillard de la collection Horvitz à Boston portant la même date, l'œuvre la plus précoce. Portrait peint sur le vif appartenant à un genre auquel Chardin s'était rarement exercé tout au long de sa carrière, l'œuvre fut aussitôt admirée lorsqu'elle fut présentée au Salon peu après son exécution. Tout acquis au maître et découvrant les trois pastels exposés en 1771, Denis Diderot louait la main sûre et libre et les yeux accoutumés à voir la nature, mais à bien la voir, et à démêler la magie de ses effets (Seznec et Adhémar, 1967, p. 134). Peut-être sous la plume d'Élie Catherine Fréron, L'Année littéraire (1771, V, lettre 13, p. 294) reconnaissait à Chardin d'être « le plus opiniâtre habile homme de son siècle ». Ses trois têtes d'étude au pastel, grandes comme nature, étaient de la première beauté et du faire le plus rempli d'art. C'était un genre dans lequel on ne l'avait point encore vu s'exercer, et que dans ses coups d'essai, il portait au plus haut degré. Pour le Mercure de France (1771, X/1, p. 194), les trois têtes en pastel, tout comme celles exposées la même année par Maurice Quentin de La Tour, paraissaient être modelées. Il ne s'agissait pas là d'un parallèle anodin, car Chardin se trouvait à égal avec le pastelliste le plus célébré du siècle. Dès ses tout premiers essais, le novice parvenait au même effet que le maître rompu à la technique après quarante ans de pratique. La Tour ne dut certainement éprouver aucune aigreur car il cultivait avec Chardin des liens d'amitié. Rappelons aussi que le prince des pastellistes avait fixé en 1760 les traits de son confrère (voir cat. 95).Soulignons aussi combien leur façon respective d'utiliser le pastel pouvait être différente. À l'artiste accoutumé à la technique, un métier qui joue avec la matière et la couleur afin d'obtenir le plus grand illusionnisme possible tant dans le ton des chairs, leur modelé, le caractère tactile des étoffes, la précision du détail, la transparence des cheveux poudrés. Au maître de la vie silencieuse, une manière de juxtaposer les couleurs, de les associer dans leurs tons qui surprend et se distingue de la nature. Au premier, la volonté d'imposer une vision rapprochée. Au second, le souhait de privilégier l'éloignement afin que l'œil recompose le volume et mêle naturellement les couleurs pour leur donner la véracité escomptée. Maniant le pastel avec brio, Chardin n'en demeurait pas moins peintre. En travaillant d'après son visage, il était également parvenu à une intensité psychologique qu'aucun de ses portraits précédents n'avait sublimée à ce point. L'image est sans concession. L'œil fatigué interroge au-dessus des bésicles devenues indispensables et semble prendre à parti le spectateur, comme pour dénoncer l'injustice de la maladie lente qui prive progressivement l'artiste de son bien le plus cher, la possibilité de décomposer ce que l'on voit par la lumière et la couleur (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, cat. 42, p.100 à 102).

INDEX :
Lieux : Paris, Musée du Louvre, oeuvre en rapport
Personnes : Chardin, Jean-Baptiste Siméon
Sujets : Autoportrait
Techniques : pastel

REFERENCE DE L'INVENTAIRE MANUSCRIT :
vol. 10, p. 273